La vie de Molière
Jean-Baptiste Poquelin, qui adoptera le nom de scène de Molière, voit le jour à Paris en janvier 1622. Issu d’une famille de marchands et de tapissiers, il grandit dans un milieu bourgeois : son père, Jean Poquelin, est tapissier du roi, et ses parents espèrent le voir embrasser une carrière respectable dans le commerce ou la justice.
Mais Molière se passionne très tôt pour le théâtre. À 21 ans, il abandonne ses études de droit pour se consacrer à la scène, au grand dam de son père. En 1643, il fonde avec la famille Béjart l’Illustre Théâtre, sa première troupe.
De la faillite à la troupe du roi
L’Illustre Théâtre fait rapidement faillite, et Molière connaît même la prison pour dettes. Loin de renoncer, il part sillonner les provinces pendant treize ans avec sa troupe, un long apprentissage du métier, du public et de la comédie. De retour à Paris, la troupe obtient la protection de Philippe d’Orléans, dit « Monsieur », frère du roi : en 1658, Molière se produit au Louvre devant Louis XIV. C’est le tournant. Le succès des premières saisons parisiennes installe Molière à la cour, où son talent pour la comédie et la satire sociale va s’épanouir.
Les satires de Molière
Molière se distingue par sa maîtrise exceptionnelle de la satire. Tartuffe (1664) demeure l’un des sommets de son génie : la pièce brocarde l’hypocrisie religieuse à travers un faux dévot qui manipule Orgon, maître de maison crédule. Le parti dévot obtient l’interdiction de la pièce après sa première représentation ; soutenu par Louis XIV, Molière parvient à la faire lever après plusieurs révisions. L’incident annonce le caractère controversé de toute son œuvre.
Le Misanthrope (1666) offre quant à lui une critique mordante de l’hypocrisie sociale et des jeux de cour. Alceste, le personnage principal, incarne l’honnêteté brutale et rejette la fausseté des conventions. Moins scandaleuse que Tartuffe, la pièce révèle la même perspicacité dans la mise en lumière des travers humains.
Controverses et défis
Dom Juan (1665)
L’une des pièces les plus controversées de Molière met en scène un libertin sans scrupules. La critique ouverte des normes morales et religieuses indigne une partie de la société du XVIIe siècle : après quinze représentations, la pièce est retirée de l’affiche. La résistance de l’époque aux remises en question directes des valeurs établies s’y lit à livre ouvert.
Résistance sociale
Aux oppositions religieuses s’ajoutent celles de factions entières de la société, piquées par ses portraits satiriques. En donnant à voir des personnages ridicules ou déviants, Molière touche une morale que bafouaient précisément ceux qui s’en prétendaient les plus ardents défenseurs, les courtisans en tête.
Défis personnels
Molière affronte aussi des épreuves intimes : les dettes de ses débuts, les cabales, une santé fragile. Ces difficultés forgent la détermination d’un artiste qui persévère jusqu’à devenir le symbole de la comédie française.
Le dernier acte
Malgré le succès, la santé de Molière décline, minée par une maladie pulmonaire que la tradition identifie à la tuberculose. Le 17 février 1673, pris d’un malaise en scène lors de la quatrième représentation du Malade imaginaire, il est transporté chez lui et meurt quelques heures plus tard, à 51 ans. La légende retiendra qu’il est « mort sur scène » : la réalité est à peine moins théâtrale, et elle scelle le destin d’un homme qui aura joué jusqu’à son dernier souffle.
L’héritage de Molière
Molière laisse un héritage colossal. Ses pièces sont devenues des classiques, au point que le français se surnomme « la langue de Molière ». Le Bourgeois gentilhomme et L’Avare demeurent des joyaux du répertoire, explorant les travers de l’ascension sociale et de l’avarice. Son usage aiguisé de la satire a ouvert la voie à une comédie qui pense, où le rire expose les défauts humains et les conventions sociales.
Maître de la comédie et de la critique sociale, Molière a influencé des générations d’écrivains, de dramaturges et d’artistes. Comme François Villon deux siècles avant lui, il fait partie de ces auteurs dont les œuvres se lisent encore pour comprendre la langue et la société françaises. Le lire dans le texte reste l’une des plus belles récompenses de l’apprentissage : nos cours de français à Paris accompagnent les étudiants du niveau débutant au niveau supérieur, la littérature au programme.
Questions fréquentes
Quel est le vrai nom de Molière ?
Jean-Baptiste Poquelin. Il adopte le pseudonyme de Molière vers 1644, au début de sa carrière de comédien, sans qu’on sache avec certitude pourquoi il choisit ce nom.
Pourquoi dit-on que le français est « la langue de Molière » ?
Parce que Molière est considéré comme le plus grand dramaturge français et que son théâtre a fixé un usage brillant de la langue. L’expression désigne le français comme « la langue de Shakespeare » désigne l’anglais.
Molière est-il vraiment mort sur scène ?
Pas exactement. Le 17 février 1673, il est pris d’un malaise en jouant le Malade imaginaire, termine la représentation, puis meurt chez lui quelques heures plus tard. La légende de la mort en scène s’est imposée par sa force symbolique.
Quelles sont les pièces les plus célèbres de Molière ?
Tartuffe, Dom Juan, Le Misanthrope, L’Avare, Le Bourgeois gentilhomme et Le Malade imaginaire comptent parmi les plus jouées, en France comme à l’étranger.
Pourquoi Tartuffe a-t-il été interdit ?
La pièce dénonçait l’hypocrisie religieuse à travers un faux dévot. Le parti dévot y a vu une attaque contre la religion et a obtenu son interdiction en 1664. Soutenu par Louis XIV, Molière a fait lever l’interdiction après plusieurs remaniements, et la pièce a triomphé en 1669.
Article rédigé par l’équipe des Cours de civilisation française de la Sorbonne et relu éditorialement avant publication. Dernière mise à jour : juillet 2026. Repères biographiques d’après les sources de référence sur Molière (Comédie-Française, Encyclopædia Universalis).


