Portrait d’une ancienne étudiante des CCFS : Na Guo, passionnée par les arts vivants
Interview de Na Guo, ancienne étudiante des Cours de civilisation française de la Sorbonne, par Valérie Guyen Croquez, conférencière aux CCFS.
Photos : Souvenirs d’ateliers et de répétitions aux cours de théâtre Cochet-Delavène
Valérie Guyen Croquez (VGC) : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Na : Je m’appelle Na Guo, je suis chinoise et je travaille depuis vingt ans dans l’industrie du cinéma. J’ai commencé par travailler dans le marketing, j’organisais la promotion de blockbusters. Le plus grand cinéaste pour lequel j’ai travaillé est Zhang Yimou, qui a eu l’Ours d’or au Festival de Berlin en 1988. Il a réalisé le plus grand nombre d’entrées en 2006 avec La Cité interdite (Curse of the Golden flower). J’ai aussi travaillé pour le réalisateur Feng Xiaogang, et il est un peu comme un Cédric Klapisch chinois, ses films sont très populaires.

VGC : Quand êtes-vous venue en France ? Aviez-vous un but précis ?
Na : Je suis venue une première fois en 2011 pour apprendre le français puis faire une école de cinéma. Je me suis inscrite aux Cours de civilisation française de la Sorbonne, au niveau A2, et c’est là que j’ai appris toutes les bases grammaticales qui me servent encore aujourd’hui. À mes yeux, mon professeur était une intellectuelle, gardienne de la correction de la langue. C’était il y a quinze ans et je ne me souviens pas de son nom. C’était aussi plus qu’un simple professeur, elle est venue me voir à la pause pour me poser des questions sur la Grande Révolution culturelle par exemple.
VGC : Pourquoi avez-vous choisi les CCFS ?
Na : On m’a dit que c’était la meilleure école de langue. Je le confirme.
VGC : Avez-vous pu prendre des cours de cinéma ? Pourquoi avoir choisi la France pour cela ?
Na : Oui, j’ai suivi le cursus de l’École Supérieure d’Études Cinématographiques (ESEC), une école privée à Paris. Il y a de bonnes formations en Chine mais je voulais suivre des cours de scénarios ailleurs. Ces études m’ont permis quand je suis rentrée en Chine de produire deux séries. Puis pendant le COVID, j’ai décidé de retourner en France pour y poursuivre mon projet de film. Nous nous sommes croisées à ce moment-là. J’ai suivi vos conférences sur le théâtre et pendant la dernière conférence vous avez présenté des écoles et avez fait intervenir une jeune comédienne. J’ai été très intéressée par l’école Cochet–Delavène. Je suis allée à la scène publique et j’y ai croisé le professeur dont je vous ai parlé. Je ne l’avais pas vue depuis douze ans. C’était un hasard incroyable. Puis je suis allée à un cours en tant qu’observatrice et j’ai aimé la façon d’enseigner qui n’était pas du tout « verticale ». Comme j’avais déjà une expérience de direction d’acteurs avec mes séries, je savais exactement ce que j’appréciais… ou pas.
VGC : Et ces cours de théâtre avaient quel objectif ? Vouliez-vous devenir actrice ?
Na : Oh pas du tout ! En fait, je savais que je devais très bien parler français pour envisager une carrière et je déteste rester assise donc je me suis dit qu’ainsi je progresserai.
VGC : C’était un peu comme un cours de langue ?
Na : C’est ça. Le premier jour, quand je l’ai dit devant la classe au directeur du cours, tout le monde a ri. Je ne pensais pas devenir comédienne : je viens d’une famille traditionnelle et c’est mal vu. De plus, j’étais une danseuse classique et j’ai dansé pour la télévision jusqu’à la fac. Un jour, j’avais sept ans, on m’a demandé de traverser la scène avec une bassine d’eau bouillante, ça s’est très mal passé et je suis restée traumatisée.
Alors, pour faire disparaitre mon stress, le directeur du cours m’a fait répéter devant la classe tous les jours pendant un mois le monologue de Lucrèce de la pièce Lucrèce Borgia de Victor Hugo, c’est-à-dire quatre à cinq fois par semaine (les cours durent 3 heures et sont le matin). J’ai aussi choisi cette école car on joue dans un vrai théâtre.
Et puis, je sais que si je veux avoir une carrière, je dois avoir des amis dans ce milieu et plus généralement des amis français qui me permettent de m’ancrer dans la culture française, de m’en imprégner.
VGC : Au bout du compte avez-vous aimé cette expérience ?
Na : Oui, beaucoup. Elle m’a apporté une meilleure maîtrise de mon corps, une concentration sur une situation fictive avec un conditionnement psychique.
VGC : Quels sont vos projets ?
Na : Je vais passer les sélections pour jouer sur la scène publique, je joue une scène de L’Avare (Molière, 1668), je suis Frosine, l’entremetteuse. Je vais aussi proposer une mise en scène de la pièce Le portrait de Dora, d’Hélène Cixous pour le concours tremplin de la ville de Bois-Colombes. Si je gagne, on me donnera les moyens de monter cette pièce. Sinon, j’essaierai de trouver des financements. J’ai aussi un projet de scénario. Pour moi, c’est plus facile d’écrire un scénario qu’une pièce de théâtre.
VGC : Comment vous est venue l’idée de la pièce.
Na : Par hasard. Je l’ai trouvée dans une bibliothèque que j’aime beaucoup, le personnel est très gentil et accueillant. Je l’ai lue puis j’ai fait des recherches sur les mises en scène et je suis allée à l’INA (Institut national de l’audiovisuel) et à la BnF (Bibliothèque nationale de France) pour lire les notes d’intention de la première metteuse en scène. C’est une pièce très complexe tirée d’un texte de Freud sur le cas d’une jeune patiente.
VGC : Êtes-vous allée au festival d’Avignon ?
Na : Oui, j’étais comme Alice au pays des merveilles. Je choisissais les pièces en fonction des comédiens qui tractaient dans les rues et je ne me suis jamais trompée.
J’y suis restée deux semaines et je voyais trois à quatre pièces par jour. C’était le Paradis !
VGC : Qu’aimez-vous à Paris ?
Na : Je connais d’autres capitales européennes mais Paris est particulier. Ici, je me sens chez moi. Ce que j’aime, c’est me perdre dans les rues, pousser les portes au hasard pour découvrir des cours intérieures, des endroits cachés. J’apprécie tout particulièrement ma bibliothèque publique : la médiathèque James Baldwin dans le 19è arrondissement.
VGC : Bonne chance et félicitations pour tous ces projets !
Agenda culturel des CCFS : https://ccfs-sorbonne.extranet-aec.com/events/view/0-AgendaCulturel#/
Zhang Yimou : https://fr.wikipedia.org/wiki/Zhang_Yimou
Feng Xiaogang : https://fr.wikipedia.org/wiki/Feng_Xiaogang
École Supérieure d’Études Cinématographiques : https://www.esec.fr/esec-paris
Cours Cochet-Delavène : https://www.courscochetdelavene.fr/
L’Avare, de Molière (1668) : https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Avare
Le portrait de Dora, d’Hélène Cixous (1976) : https://www.desfemmes.fr/litterature/theatre-portrait-de-dora/
Lucrèce Borgia de Victor Hugo (1833) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lucr%C3%A8ce_Borgia_(Hugo)
Institut national de l’audiovisuel (INA) : https://www.ina.fr/
Bibliothèque nationale de France (BnF) : https://www.bnf.fr/fr
Festival d’Avignon : https://festival-avignon.com/
Médiathèque James Baldwin (Paris 19) : https://bibliotheques.paris.fr/decouvrez-la-nouvelle-mediatheque-james-baldwin.aspx?_lg=fr-FR






