Interview de Solin ABOZAYD
Portrait d’une étudiante des CCFS
Parcours artistique et personnel de Solin
« Comme la vie devient belle lorsque nous commençons à créer, à aimer et à partager — lorsque nous devenons la version la plus saine et la plus lumineuse de nous-mêmes, où que nous soyons, à chaque instant, quels que soient les défis. Je choisis d’inspirer et de m’inspirer de la lumière comme de l’ombre du ciel. » – Solin
Solin, artiste peintre, étudiante à l’Université Sorbonne et ancienne étudiante des Cours de civilisation française de la Sorbonne
Site internet de Solin : https://www.sossolin.com/
CCFS : Bonjour Solin, vous exposez actuellement à la bibliothèque de l’Atrium de l’Université Sorbonne. Le vernissage de votre exposition « Le Ciel où les sentiments trouvent leur couleur » a eu lieu le 13 avril 2026. Comment s’est passé le vernissage ?
Solin : Bonjour. Tout s’est très bien passé. Merci beaucoup.
« Le Ciel où les sentiments trouvent leur couleur »,
exposition de Solin à la bibliothèque de l’Atrium de l’Université Sorbonne
CCFS : Nous espérons que les personnes qui liront cet article auront l’occasion de venir voir votre travail exposé jusqu’au 15 mai. Pourriez-vous nous présenter ce projet, s’il vous plaît ?
Solin : Oui, bien sûr. Dans cette exposition, chaque toile représente un ciel, et chaque ciel évoque un sentiment différent. Pour moi, le ciel est comme un miroir, c’est un miroir pour exprimer les sentiments, mais avec les couleurs.
CCFS : Les tableaux sont magnifiques comme celui aux dégradés de bleu qui s’intitule « Silence » et que l’on peut découvrir sur votre site internet, mais avant de parler plus en détail de votre travail, nous souhaiterions vous poser quelques questions sur vous et votre parcours. Seriez-vous d’accord pour nous dire quelques mots de vous ?
Solin : Oui, bien sûr. Pour me présenter, je pourrais dire que je suis arrivée en France en 2023 et qu’après une année passée en France, j’ai commencé les cours de français langue étrangère aux Cours de civilisation française de la Sorbonne pour apprendre la langue. Le début de ma vie en France était un peu compliqué parce que j’ai compris que je ne pourrais pas commencer à travailler comme artiste et créer mon entreprise sans avoir acquis une bonne maîtrise de la langue française. En effet, dans mon travail d’artiste, il y a aussi des démarches administratives à faire et beaucoup de documents à rédiger en français. Aux CCFS, j’ai suivi donc trois semestres de cours. A la fin de ces trois semestres, j’ai senti que j’étais prête à commencer à travailler comme artiste ici. En 2025, j’ai enfin pu créer mon entreprise d’artiste auteur. Ensuite, à l’Université Sorbonne, j’ai intégré le DU RESPE pour étudier les sciences humaines en 2025-2026. Ce DU m’aide actuellement à me préparer à intégrer une Licence. L’année prochaine, j’étudierai donc soit les arts plastiques, soit les lettres modernes : ce sont deux disciplines qui m’intéressent tout autant car je peins mais j’écris aussi. Par exemple, j’ai déjà écrit un livre que j’aimerais traduire moi-même en français.
CCFS : Pouvez-vous nous parler de ce projet d’écriture, s’il vous plaît ?
Solin : Oui, j’ai écrit le premier chapitre au Kurdistan, quand j’étais en Irak. Puis, je suis allée en Jordanie où j’ai écrit le second chapitre. Après la Jordanie, je suis venue en France, et c’est là que j’écris le troisième chapitre. Le chapitre 3 commence à Paris, mais beaucoup d’événements bouleversent le processus d’écriture, donc je continue à écrire. A travers ces textes, c’est très intéressant de donner à voir comment ma vie a changé à Paris.
Projet – Carnet rouge de Solin
CCFS : Est-ce que tout est écrit en kurde ?
Solin : Oui, mais je préfèrerais prévoir une première publication du texte final en français, et je voudrais traduire moi-même le texte en français. C’est pourquoi je dois continuer d’étudier la langue et que je referai bientôt un semestre de FLE aux CCFS.
CCFS : C’est très intéressant car cela veut dire que vous avez vraiment une relation particulière avec la langue française. Elle n’est pas seulement un outil, elle fait partie de votre processus créatif. D’ailleurs, qu’est-ce qui vous a plu dans cette langue et qu’est-ce qui vous a donné l’envie de l’étudier ?
Solin : J’adore l’oralité de la langue. Pour moi, c’est la langue la plus belle du monde. J’essaie de comprendre sa logique qui reste encore difficile à appréhender pour moi car le français est très différent, très éloigné de la langue kurde. C’est surtout en Jordanie que j’ai commencé à l’apprendre, car en Irak, la langue française reste peu enseignée en comparaison avec d’autres pays, comme le Liban où nous pouvons trouver des instituts français par exemple.
CCFS : Qu’est-ce qui vous a conduite à venir ici pour l’étudier ?
Solin : Je pense que j’ai en quelque sorte une relation très forte avec la langue et la culture françaises. C’est ici que je voulais être. En tant qu’artiste, c’est quelque chose que je ressentais en moi, et tout ce que j’ai découvert de la culture en France, et à Paris, me faisait penser « c’est ici ! ». Pour moi, la France est un pays pour les artistes, pour les personnes qui aiment progresser et qui ont des rêves. D’ailleurs, à présent que je vis en France, quand je voyage à l’étranger, Paris me manque vite. En arrivant en France, à Paris, j’ai eu ce sentiment que je pouvais être totalement moi-même, avec mes passions et mes rêves.
CCFS : Vous êtes arrivée en France en 2023 après avoir passé environ un an en Jordanie. Pourquoi ce parcours par la Jordanie ? Quels étaient vos projets en venant en France ?
Solin : Quand j’étais en Irak, j’étais journaliste et artiste activiste pour les droits humains et c’était un problème, surtout en tant que femme. J’ai eu des problèmes avec des personnes politiques et j’ai dû partir. En Jordanie, j’ai reçu une aide humanitaire qui m’a permis de faire la demande pour venir vivre en France. Comme j’étais dans une situation dangereuse en Irak, j’ai reçu une protection internationale et j’ai pu obtenir le statut d’exilée politique.
Solin et le Duc de Jordanie devant Les Déesses Pourpres d’avant le siècle
CCFS : Aux Cours de civilisation française de la Sorbonne, vous avez présenté en 2024 votre tableau « L’arbre d’Ishtar » qui est absolument sublime et lors de la soirée de dévoilement, vous nous aviez expliqué que vous aviez mis un an à le peindre.
Solin : Oui, c’est le premier tableau que j’ai fait en France. Cela m’a pris beaucoup de temps parce que j’ai utilisé une technique de superposition de couches de peinture à l’huile et entre chaque couche, il fallait attendre que la peinture sèche. Chaque ligne de ce tableau a une histoire, un sentiment. La première année à Paris, j’étais bloquée, et je n’ai pu réaliser qu’une seule toile. C’était « L’arbre d’Ishtar ». C’était difficile pour moi au début car j’avais connu beaucoup de changements de vie en très peu de temps.
CCFS : Qu’est-ce qui était particulièrement difficile ?
Solin : J’avais besoin de me poser ici et de m’inspirer, de comprendre que j’étais ici. Comme je ne pouvais pas réellement peindre, j’ai commencé un projet de carnets : de petits carnets rouges où chaque page représente un projet de toile. Je restais souvent assise à la terrasse d’un café, à dessiner, dans le silence, le calme… J’ai dessiné, dessiné, dessiné…Peu à peu, j’ai accepté les changements récents, trois pays en trois ans, et les langues différentes. J’ai rencontré des gens, j’ai trouvé une nouvelle maison, une nouvelle famille. Tout était nouveau pour moi : nouveau à comprendre et à apprendre. Pendant que j’essayais d’accepter que c’était ma vie, c’était un peu difficile de commencer d’autres toiles. Je suis donc restée un an à travailler sur ce tableau, et j’ai dessiné dans mes carnets. Le tableau « L’arbre d’Ishtar » représente cela. C’est cette nouvelle vie. Ma vie.
Carnet rouge de Solin
Solin : La présentation du tableau « L’arbre d’Ishtar » aux Cours de civilisation française de la Sorbonne en 2024 devant mes professeur(e)s et mes camarades m’a réellement débloquée. C’est après ce dévoilement que j’ai pu commencer ma carrière d’artiste ici en peignant d’autres toiles.
CCFS : Est-ce que ce sont les toiles exposées actuellement ?
Solin : Oui et non. Mais tous les tableaux exposés ont été faits en France. Il y a aussi trois pièces anciennes pour que le public puisse voir l’évolution, les changements, et mes styles différents. J’ai deux styles : l’un plus figuratif, l’autre plus abstrait. Vous y verrez notamment « L’arbre d’Ishtar » qui est une des trois pièces anciennes exposées, mais qui est une pièce maîtresse dans mon travail et qui représente beaucoup pour moi. En 2024 et 2025, j’ai pu trouver l’inspiration et j’ai peint environ trois ou quatre toiles par mois. Ainsi, pour ce projet d’exposition à la bibliothèque de l’Atrium de la Sorbonne, j’ai réalisé dix tableaux en trois mois. Chaque tableau représente un ciel comme miroir d’un sentiment qui s’exprime par la couleur. Dans toutes ces toiles, ce sont les couleurs qui parlent.
Désir, Solin
CCFS : L’exposition est prévue jusqu’au 15 mai 2026 et vous avez tenu à inviter toutes et tous vos ancien(ne)s camarades et professeur(e)s à la découvrir, et nous vous en remercions très chaleureusement. Pourquoi avez-vous tenu à partager votre travail avec les CCFS ?
Solin : J’ai étudié trois semestres aux CCFS, et là, j’ai rencontré des gens très sérieux qui veulent vraiment apprendre la langue. Parmi mes camarades, il y avait beaucoup d’artistes, d’intellectuels, et d’universitaires. J’ai trouvé cet environnement très stimulant, très productif, et cela m’a donné envie de recommander les CCFS à mes proches et de m’y réinscrire pour une prochaine session très bientôt. Je souhaitais aussi annoncer un autre de mes projets qui pourrait concerner des étudiant(e)s des CCFS : je vais créé une association culturelle pour venir en aide aux artistes. L’objectif de l’association sera de créer un pont entre les communautés de différents pays, de faciliter les rencontres entre les artistes pour les aider à débuter leurs projets en France. Ce sera une galerie avec un atelier, des cours de peinture, et un accueil : une résidence internationale d’artistes.
Espoir, Solin
Solin : https://www.sossolin.com/
Suivez Solin sur Instagram : https://www.instagram.com/sossolinart?igsh=MmtpcjhtMDJ6bHBs&utm_source=qr
DU RESPE de l’Université Sorbonne : https://sciences.sorbonne-universite.fr/international-1/venir-la-faculte/etudiantes-etudiants-en-exil/du-respe
Cours de FLE suivis par Solin aux CCFS : https://www.ccfs-sorbonne.fr/cours-de-francais/cours-semestriels/cours-semestriel-francais-general-s10/










