Élodie Bailleux, professeure aux CCFS : un regard sur l’enseignement du français langue étrangère
Élodie Bailleux enseigne le français langue étrangère aux Cours de Civilisation Française de la Sorbonne. Son parcours — des pays nordiques aux écoles supérieures de mode parisiennes, puis au cœur historique de la Sorbonne — dessine une trajectoire singulière, à la croisée de la pédagogie, de l’interculturel et des industries créatives. Entretien.
Un parcours façonné par la mobilité et l’interdisciplinarité
L’expérience nordique : enseigner le français en terrain scandinave
La carrière d’Élodie Bailleux s’est d’abord construite à l’étranger, principalement dans les pays nordiques. Enseigner le français à des publics scandinaves suppose de composer avec des traditions éducatives profondément différentes du modèle français :
- Horizontalité pédagogique : dans les pays nordiques, la relation enseignant-étudiant repose sur un rapport moins hiérarchique, ce qui modifie la dynamique de classe et les attentes des apprenants.
- Plurilinguisme ambiant : les étudiants scandinaves, souvent déjà polyglottes, abordent le français avec des stratégies d’acquisition transversales, appuyées sur leur maîtrise préalable de l’anglais, voire d’autres langues romanes.
- Rapport à l’erreur : la culture éducative nordique valorise la prise de parole, même imparfaite — un levier précieux pour l’enseignement communicatif du FLE.
Cette immersion prolongée a donné à Élodie Bailleux une acuité particulière sur les mécanismes d’apprentissage propres à chaque culture éducative, compétence qu’elle mobilise aujourd’hui face aux publics très internationaux des CCFS.
La coordination pédagogique dans l’enseignement supérieur de la mode
De retour en France, Élodie Bailleux a occupé un poste de coordinatrice pédagogique au sein d’établissements d’enseignement supérieur spécialisés dans la mode. Ce détour apparent loin du FLE a nourri sa pratique de manière décisive :
- Gestion d’équipes enseignantes et conception de programmes dans un environnement professionnel exigeant.
- Articulation langue-métier : accompagner des étudiants internationaux dans le secteur de la mode implique de travailler un vocabulaire technique, des codes culturels spécifiques et une rhétorique créative propre au milieu.
- Compréhension fine du français de spécialité, domaine en pleine expansion dans la didactique du FLE contemporaine.
Cette double expérience — l’international et le sectoriel — confère à son enseignement aux CCFS une densité pédagogique rare.
Conseils d’une praticienne : comment progresser réellement en français
Interrogée sur les stratégies les plus efficaces pour ses étudiants, Élodie Bailleux insiste sur un principe fondateur : l’exposition massive et régulière à la langue authentique. Au-delà des heures de cours, c’est le contact quotidien avec le français vivant qui fait la différence.
Écouter, regarder, s’immerger
Élodie recommande en priorité deux pratiques complémentaires :
- La radio française — France Inter, France Culture, RFI — pour se confronter au débit naturel, aux registres variés (journalistique, conversationnel, argumentatif) et au rythme prosodique du français contemporain.
- Le cinéma français sous-titré en français : le sous-titre dans la langue cible permet de relier simultanément la chaîne sonore et la chaîne écrite, renforçant la mémorisation lexicale et la compréhension des structures syntaxiques en contexte.
Multiplier les situations de parole
La compréhension passive ne suffit pas. Élodie Bailleux encourage ses étudiants à :
- Engager des conversations avec des locuteurs natifs, y compris dans des situations quotidiennes (commerces, cafés, événements culturels).
- Participer à des tandems linguistiques, nombreux à Paris, où l’échange est structuré et réciproque.
- Tenir un carnet de bord linguistique : noter chaque jour trois expressions entendues, les contextualiser, les réemployer.
Le fil conducteur : sortir de la posture d’observateur pour devenir acteur de sa propre immersion. Paris, à cet égard, constitue un terrain d’apprentissage incomparable — et les CCFS, installés au cœur du Quartier latin, placent leurs étudiants au centre même de ce dispositif.
Langue, culture, civilisation : l’indissociable triptyque des CCFS
Un enseignement qui dépasse la seule compétence linguistique
Depuis leur fondation en 1919, les Cours de Civilisation Française de la Sorbonne reposent sur une conviction pédagogique forte : on n’apprend pas une langue sans apprendre la civilisation qui la porte. Le programme des CCFS articule ainsi l’étude de la langue avec des cours de :
- Littérature française, des troubadours aux écritures contemporaines.
- Histoire de l’art, avec un accès privilégié aux collections parisiennes.
- Histoire et géopolitique de la France et de l’espace francophone.
- Phonétique, discipline historique de l’institution, dispensée en laboratoire.
Élodie Bailleux inscrit pleinement son enseignement dans cette tradition : la langue n’est jamais un objet désincarné, mais le vecteur d’une pensée, d’une esthétique, d’un rapport au monde.
La francophonie comme horizon
Apprendre le français aux CCFS, c’est aussi accéder à un espace linguistique de plus de 320 millions de locuteurs répartis sur les cinq continents. La francophonie n’est pas un simple prolongement de la France : elle constitue un réseau pluriel de littératures, de traditions intellectuelles et de dynamiques économiques. Pour les étudiants internationaux des CCFS, cette ouverture représente un atout professionnel et intellectuel considérable — dans la diplomatie, la recherche, la coopération internationale, les industries culturelles ou le commerce.
FAQ
Quel est le profil des étudiants d’Élodie Bailleux aux CCFS ?
Les CCFS accueillent chaque année des étudiants de plus de 130 nationalités, de tous niveaux (A1 à C2). Élodie Bailleux enseigne à des publics variés, ce qui nourrit une pédagogie attentive à la diversité des parcours et des langues d’origine.
Faut-il déjà parler français pour s’inscrire aux CCFS ?
Non. Les CCFS proposent des cours à partir du niveau débutant complet (A1). Un test de placement permet d’orienter chaque étudiant vers le groupe correspondant à son niveau réel.
Quels supports Élodie Bailleux recommande-t-elle pour progresser en dehors des cours ?
Radio (France Inter, France Culture, RFI), cinéma français sous-titré en français, tandems linguistiques et carnet de bord lexical quotidien.
Les CCFS enseignent-ils uniquement la langue française ?
Non. Fidèles à leur vocation fondatrice, les CCFS dispensent également des cours de civilisation — littérature, histoire de l’art, histoire, phonétique — qui font partie intégrante de la formation.


