Atelier d’écriture « à la manière de… »
Cet atelier de quatre séances d’une heure et demie vise à initier les étudiants des Cours de civilisation française de la Sorbonne à l’étude du style d’un auteur francophone reconnu afin de s’en inspirer pour créer un texte court. Chaque séance permet de découvrir ou redécouvrir un auteur, d’analyser son style et de produire « à la manière de » cet auteur dans l’extrait choisi.
Lors de cet atelier, les textes proposés par Isabelle Taillandier ont inspiré Genady, Jozef, Julien et Raoul, dont les productions sont réunies ici.
Les CCFS les remercient de leur participation et d’avoir accepté de publier leurs textes.
Affiche annonçant l’atelier.
Textes proposés lors de l’atelier d’écriture du semestre de printemps 2026 :
Émile Zola, Le ventre de Paris (1873)
Description des étalages du marché des Halles
Anna de Noailles, Le port de Palerme (1913)
Un poème
Hervé Le Tellier, Joconde sur votre indulgence (2002)
Un auteur oulipien : l’écriture sous contrainte
Annie Ernaux, Les années (2008)
Comprendre l’enfant que nous avons été
Retours d’expérience
« Cet atelier d’écriture « à la manière de » avait pour but de sensibiliser les participants à divers procédés d’écriture et à l’intérêt de diverses figures de style. Ma première surprise a été de constater que les participants étaient tous des hommes (quatre au total) ! Ensuite, l’émulation mutuelle et la mise en commun des écrits a généré une entraide et une admiration mutuelle, contribuant ainsi à donner à cet atelier l’atmosphère d’un petit salon littéraire : partage, éclats de rire et concentration sont ce que je retiens de cette expérience. » - Isabelle Taillandier, professeure de FLE et éditrice – La Reine Blanche éditions.
https://editionsdelareineblanche.fr/
« J’ai beaucoup apprécié les ateliers d’écriture et d’alexandrins. Ils m’ont énormément aidé à travailler la langue, à la fois de manière ludique et académique. J’ai été vraiment surpris de constater tout ce que j’ai pu apprendre en si peu de temps, et comment j’ai réussi à appliquer ce que je savais déjà dans un contexte littéraire.
Ces ateliers ont également été une excellente occasion d’élargir ma compréhension de certains aspects de la culture littéraire française, ce qui m’a permis de mieux profiter de certaines sorties dans des lieux littéraires et historiques de Paris, comme le théâtre. C’était un vrai plaisir de suivre ces ateliers, bien au-delà du simple travail sur un manuel de FLE.
Je tiens à remercier Madame Taillandier et Madame Guyen Croquez pour leur pédagogie, je recommande vivement leurs ateliers ! » – Julien, étudiant aux CCFS
A propos de l’atelier d’écriture en alexandrins : https://www.ccfs-sorbonne.fr/poemes-en-alexandrins/
Productions des participants
À la manière d’Émile Zola
Le ventre de Paris (1873)
« Au carrefour de la rue des Halles, les choux faisaient des montagnes ; les énormes choux blancs, serrés, et durs comme des boulets de métal pâle ; les choux frisés, dont les grandes feuilles ressemblaient à des vasques de bronze ; les choux rouges, que l’aube changeait en floraisons superbes, lie de vin, avec des meurtrissures de carmin et de pourpre sombre. A l’autre bout, au carrefour de la pointe Saint-Eustache, l’ouverture de la rue Rambuteau était barrée par une barricade de potirons orangés, sur deux rangs, s’étalant, élargissant leurs ventres. Et le vernis mordoré d’un panier d’oignons, le rouge saignant d’un tas de tomates, l’effacement jaunâtre d’un lot de concombres, le violet sombre d’une grappe d’aubergines, çà et là, s’allumaient ; pendant que de gros radis noirs, rangés en nappes de deuil, laissaient encore quelques trous de ténèbres au milieu des joies vibrantes du réveil. »
Dans cet extrait, Émile Zola utilise la figure de style de l’accumulation (légumes, couleurs, adjectifs, verbes). L’accumulation de légumes exprime l’abondance, celle d’adjectifs de couleur met en valeur la vie et la beauté de la nature, celle de verbes crée une antithèse entre le mouvement des verbes d’action et l’immobilisme de l’étalage.
Jozef
Sur une petite table de chevet, un tas de livres désordonnés qui avoisinent des somnifères. Au sommet de la pile, trône un gros volume aux coins écornés lu pendant de longues nuits d’insomnie. Quelques couvertures reconnaissables, avec leurs filets noir et rouges, fripées, usées, gisent tout en bas. Sur la tranche, un nom d’auteur inconnu intrigue. L’exemplaire de La nuit juste avant les forêts traîne encore, ouvert, avec, en couverture, sa peinture française sombre et la typographie qui semble luire dans la pénombre. À côté, un livre illustré par Miquel Barceló, à l’aquarelle, rappelle peut-être le fantastique trouble de ses visions, comme si la nuit elle‑même y déposait son illusion inquiétante.
Julien
Au carrefour de la Banque d’Angleterre, le feu piéton passe au rouge. Un vélo de sport vert citron, qui avait freiné, accélère. Un autre vélo de sport noir brillant dépasse rapidement un vélo s’apprêtant à démarrer et qui fait tinter sa sonnette. Ensuite passent plusieurs autres vélos en file indienne : un vélo équipé d’une chaise enfant ; un élégant vélo de route typiquement anglais, sobre et stylé dans des tons bruns ; enfin un vélo de route rétro, un peu marqué par les années, mais intemporel avec ses trois vitesses. Après le passage des vélos, le soleil matinal éclaire, de l’autre côté du carrefour, une roue de vélo posée sur le trottoir, toujours attachée à un arceau par un cadenas. Le feu piéton passe au vert. Les vélos ralentissent.
À la manière d’Anna de Noailles
Le port de Palerme (1913)
« Je regardais souvent, de ma chambre si chaude,
Le vieux port goudronné de Palerme, le bruit
Que faisaient les marchands, divisés par la fraude,
Autour des sacs de grains, de farine et de fruits,
Sous un beau ciel, teinté de splendeur et d’ennui…
J’aimais la rade noire et sa pauvre marine,
Les vaisseaux délabrés d’où j’entendais jaillir
Cet éternel souhait du cœur humain : partir !
-Les vapeurs, les sifflets faisaient un bruit d’usine
Dans ces cieux où le soir est si lent à venir…
C’était l’heure où le vent, en hésitant, se lève
Sur la ville et le port que son aile assainit.
Mon cœur fondait d’amour, comme un nuage crève.
J’avais soif d’un breuvage ineffable et béni,
Et je sentais s’ouvrir, en cercles infinis,
Dans le désert d’azur les citernes du rêve. »
Ce poème d’Anna de Noailles met en place plusieurs figures de style : la gradation ascendante pour désigner le ciel dans un vocabulaire de plus en plus lyrique (ciel, cieux, désert d’azur) ; l’antithèse entre l’intérieur et l’extérieur, entre l’immobilisme et le mouvement ; enfin, des assonances et des allitérations pour faire entendre le bruit de la mer mais aussi de l’activité du port de Palerme. Enfin, le thème du désir d’ailleurs domine tout le poème (ennui, partir, venir, rêve).
Jozef
Je regarde, depuis ma chambre, la pluie qui se déverse sur l’avenue : le pelage trempé du clébard de mon voisin, les écoliers éclaboussés par l’eau du trottoir. Seuls les cirés reluisent dans l’obscurité du jour.
Tous cherchent l’abri de la pluie dense et lourde. Sauf le chien du voisin, qui veut jouer dans les flaques et saute de joie, laissant des taches boueuses sur les vêtements de son maître.
Les gouttes d’eau s’écrasent sur le toit froid de la maison. Le son métallique et doux – un battement régulier et musical - invite à danser avec la pluie.
Ah ! Sortir et goûter les larmes du ciel.
Julien
Je regarde parfois, à travers les vitres d’un bar très fréquenté, la rue et les gens qui passent. À l’extérieur, la terrasse est éclairée par des réverbères. À l’intérieur, des tables et des chaises, séparées par une danse de lumière et d’ombre, s’animent au passage des pieds. Au comptoir, sous les luminaires, on ne s’échappe pas, mais on ne partage rien. J’aime m’asseoir ici et voir la vie défiler…
Une silhouette floue, peut-être un coureur, glisse de gauche à droite de l’autre côté de la rue. Un homme promène son chien, loin, dans la pénombre. Deux amies marchent ensemble, leurs rires rayonnant sous chaque lampadaire. Un couple quitte la terrasse du bar, s’arrête, et s’embrasse sous l’enseigne. Mais ce qui me frappe, c’est la vitrine vide d’en face, cette obscurité si claire sous la nuit. J’imagine un instant que s’y reflète le bar, sa chaleur, cette mer de visages inconnus, et que j’y vois mon reflet, nageant entre eux, ballotté par les vagues de leurs rires, les yeux toujours tournés vers la rue.
Raoul
Assis dans un train de banlieue, un soir où je rentrais du travail, j’observai paisiblement le paysage défiler. Soudain, il se mit à pleuvoir. L’eau de la pluie giclait sur les vitres comme des rafales me rappelant le bruit des tambours de mon village camerounais. Les arbustes tanguaient fortement. L’herbe des champs s’enivrait de cette eau venue du ciel. Le train roulait assez rapidement vers Paris. La pluie tombait de plus belle, le vent soufflait et le feuillage chaloupait, tel des danseurs au son d’une musique endiablée. Peu après, l’intensité diminua, l’eau vint caresser les vitres et coulait telles des larmes sur les joues.
À la manière d’Hervé Le Tellier
Joconde sur votre indulgence (2002)
« Le point de vue du Grand Schtroumpf
Je me souviens très bien de Léonard de Vinci car je l’ai schtroumpfé à Florence quand j’étais tout jeunot, 106 ans à peine. Et je l’ai schtroumpfé à schtroumpfer la Joconde.
C’est moi qui suis allé la schtroumpfer et qui l’ai convaincue de schtroumpfer pour lui. Elle s’est schtroumpfée sur un tabouret, et ça a duré des schtroumpfs parce que Léonard, c’est peut-être un génie, mais quand il schtroumpfe, il prend son schtroumpf. C’est le moins qu’on puisse schtroumpfer.
Ceci dit, il est vrai qu’elle a un schtroumpf indéfinissable.
Le point de vue de l’horoscope

Amour : tout irait mieux si vous étiez moins poseuse et si vous faisiez un petit effort. Allez chez le coiffeur, portez des vêtements plus jeunes. Santé : ne restez pas trop longtemps assise. Méfiez-vous des problèmes dentaires. Travail : ne restez pas les bras croisés. La fortune sourit indéfinissablement aux audacieux.
Le point de vue du jeu de l’oie
Place-toi sur la case départ. Lance les dés et avance du nombre de cases qu’indique la somme des deux cases. La case 53 est la case d’arrivée. Le premier à l’atteindre gagne.
Cases 4, 15, 27, 43 : quel joli sourire ! Essaie de le définir et rejoue.
Cases 7, 19, 30, 47 : les mains croisées, on ne passe pas. Reviens d’où tu viens.
Cases 10, 21, 36, 45 : comme la route est sinueuse, avance de trois cases.
Cases 12, 22, 32, 42 : tu t’assieds sur le tabouret. Reste san bouger en croisant les bras pendant un tour.
Cases 13, 17, 35, 52 : un châle noir, pas de chance. Retourne à la case départ.
Cases 9, 19, 31, 50 : attention, tu es sur la falaise ! Recule de trois cases pour ne pas tomber. »
Fidèle à l’OuLiPo, groupe de recherche en littérature expérimentale créé par Raymond Queneau en 1960, Hervé Le Tellier s’amuse avec la langue et les stéréotypes. Dans ce recueil, il rend bien sûr hommage aux célèbres Exercices de style (1947) du fondateur de l’OuLiPo. Ici, son point de départ n’est pas un récit mais un tableau célèbre, La Joconde de Léonard de Vinci.
Genady
Le cri, Edvard Münch (1895)

23 septembre – 22 octobre
Santé : même si on a parfois l’impression que le ciel est en feu, ce n’est pas si mal. Travail : reprenez-vous en mains. Laissez échapper un cri de soulagement : l’autre rive est proche ; le pont est sûr, et les eaux sont calmes ! Amour : en revanche, l’amour est derrière vous.
Jozef

Vierge, bien évidemment
23 août – 22 septembre
Amour : pas de passion pour vous, vu votre tronche. Chargée d’émotions mais célibataire quand même. Les planètes ne montrent pas d’évolution favorable. Santé : votre visage déformé se remettra en ordre vers 2000 au moment de l’invention du botox. Pour les problèmes dentaires, consultez la Joconde. Travail : la chance est avec vous : engagement en tant que modèle par un peintre célèbre ou décoratrice de mur de maison.
Julien

Place-toi sur la case départ. Lance les dés et avance du nombre de cases qu’indique la somme des deux cases. La case 53 est la case d’arrivée. Le premier à l’atteindre gagne.
Cases 4, 15, 27, 43 : quelle rondeur et quelle profondeur. Trouve du tabac pour le mettre dedans. Rejoue.
Cases 7, 19, 30, 47 : le tabac est prêt, sens-le et admire la courbure de la tête. Avance de trois cases.
Cases 10, 21, 36, 45 : les allumettes, elles sont où ? Il faut les trouver. Oui, ta dépendance au tabac coûte cher. Reviens d’où tu viens.
Cases 12, 22, 32, 42 : tu as trouvé des allumettes et maintenant tu t’assieds dans un fauteuil. Reste sans bouger pendant un tour. N’abuse pas de la nicotine.
Cases 13, 17, 35, 52 : tu es maladroit. Tu as fait tomber les allumettes. Retourne à la case départ.
Cases 9, 19, 31, 50 : mais attention, ceci n’est pas une pipe ! Tu veux vraiment brûler un tableau ? Recule de trois cases pour ne pas l’abimer.
Raoul
La méridienne, Vincent van Gogh (1889-1890)
Je vous aperçus schtroumpfer sur la paille, sûrement après avoir schtroumpfé avec vos bêtes toute la matinée. Il devait être vraiment schtroumpfant, le schtroumpf d’aujourd’hui. Voir la Schtroumpfette et le Schtroumpf schtroumpfant côte à côte sous un ciel bleu est vraiment schtroumpfant. Cela me donne envie de schtroumpfer comme vous !
À la manière d’Annie Ernaux
Les années (2008)
« La photo en noir et blanc d’une petite fille en maillot de bain foncé, sur une plage de galets. En fond, des falaises. Elle est assise sur un rocher plat, ses jambes robustes étendues bien droites devant elle, les bras en appui sur le rocher, les yeux fermés, la tête légèrement penchée, souriant. Une épaisse natte brune ramenée par-devant, l’autre laissée dans le dos. Tout cela révèle le désir de poser comme les stars dans Cinémonde ou la publicité d’Ambre solaire, d’échapper au corps humiliant et sans importance de petite fille. Les cuisses, plus claires, ainsi que le haut des bras, dessinent la forme d’une robe et indiquent le caractère exceptionnel, pour cette enfant, d’un séjour ou d’une sortie à la mer. La plage est déserte. Au dos : août 1949, Sotteville-sur-Mer.
Elle va avoir neuf ans. Elle est en vacances avec son père chez un oncle et une tante, des artisans qui fabriquent des cordes. Sa mère est restée à Yvetot, tenir le café-épicerie qui ne ferme jamais. C’est elle qui, habituellement, tresse ses cheveux en deux nattes serrées et les fixe en couronne autour de sa tête, avec des barrettes à ressort et des rubans. Soit ni son père ni sa tante ne savent attacher ses tresses ainsi, soit elle profite de l’absence de sa mère pour les laisser flotter.
Difficile de dire à quoi elle pense ou rêve, comment elle regarde les années qui la séparent de la Libération, de quoi elle se souvient sans effort. »
Dans cet extrait, Annie Ernaux parle de l’enfant qu’elle a été à travers une photo que l’on ne voit pas, ce qui laisse le lecteur libre de l’imaginer. Elle utilise le présent d’énonciation, assez courant dans une autobiographie pour actualiser le passé, mais aussi la troisième personne du singulier afin de marquer la distance entre l’adulte qu’elle est et l’enfant qu’elle a été, ce qui lui permet d’ancrer son récit dans l’objectif. L’analyse de cette photo s’effectue en trois temps : description, contexte, tentative de restituer les pensées de la petite fille sur la photo.
Genady
La photo en noir et blanc granuleuse d’un petit garçon en chemise blanche et en costume foncé à l’ancienne avec un nœud papillon élégant. En fond un tapis de mur, probablement dans le cabinet d’un photographe. Il regarde la caméra calmement avec de grands yeux brillants et l’ébauche d’un sourire, évidemment fier de son abondante chevelure de douces boucles noires.
Il a trois ans, et dans quelques mois sa mère va lui faire couper les cheveux. Un véritable traumatisme psychologique – ils ne repousseront jamais aussi souples et soyeux.
Difficile de dire à quoi il pense ou rêve : en fait, cette séance chez un photographe est l’un de ses premiers souvenirs.
Jozef
La photo d’un petit garçon devant un vieux tableau noir à craie, la coupe de cheveux à la César, mais ne sachant pas encore qui était César. Il est en train d’apprendre la géométrie, ce qui lui donne bien évidemment une auréole de formes géométriques magnétiques. Abécédaire devant lui, bras posés l’un sur l’autre, doigts inhabituellement épais pour l’âge ; ses traits et son sourire traduisent son enthousiasme de poser devant un photographe.
La prise de photo était rare à l’époque. C’était une grande occasion : le photographe était invité à l’école pour cette séance spéciale, attestée par les dessins à la craie dessinés spécialement pour l’occasion par la maîtresse au tableau en tant que décor, visible dans le coin gauche de la photo.
Aujourd’hui, il n’aime plus poser pour les photos et déteste être photographié. Est-ce la timidité ou la prolifération numérique et la saturation de l’image contemporaine qui détruisent sa capacité à désirer être photographié ? Vidée de son pouvoir poétique, l’image et le rituel même de la photographie d’aujourd’hui le rend indifférent à ce qui, autrefois, le bouleversait.
Julien
La photo en couleur d’un garçon vêtu d’un polo à manches longues, assis sur un transat devant un restaurant. Au fond, des portes rouges séparent l’intérieur de la terrasse. Ses cheveux commencent à boucler. Il est assis de manière décontractée, un peu avachi, les bras légèrement croisés. Il sourit, les yeux directement tournés vers l’objectif. Ou plutôt, il essaie. Il ne sait pas encore vraiment comment faire. Ses yeux sont un peu plissés, ses joues naturellement gonflées. C’est un rare moment de détente, presque malgré lui. Peut-être est-ce la faute du soleil, ce ciel nuageux de ce côté de la France, qui le fait grimacer comme un sourire. Il n’y a personne d’autre sur la photo. Aucune date.
Il a huit ou neuf ans. Il est en vacances d’été avec sa famille, venant rendre visite à Papy. Habitant à l’étranger, ces visites sont les seuls moments de contact avec ce monde-là. Et chaque année, c’est la même chose : ça arrive, ça finit, et ça recommence.
Difficile de savoir à quoi il pense à cet instant, ou comment il regarde les années qui suivent, jusqu’à ce que ces visites s’arrêtent.
Raoul
La photo en noir et blanc d’un petit garçon habillé d’une chemise claire et d’un pantalon sombre. Il habite dans une caserne de gendarmerie à Yaoundé au Cameroun. Il est en compagnie de ses petites sœurs et de ses amies d’enfance. Ces dernières tiennent des cannes à sucre dans leurs mains.
Il est heureux de poser, ce qui se lit sur son visage tout sourire. Ces joues rondes et sa taille indiquent son jeune âge. En 1970, il a neuf ans. Insouciant car ce sont les vacances, il peut bien s’amuser.

Agenda culturel des CCFS : https://ccfs-sorbonne.extranet-aec.com/events/view/0-AgendaCulturel#/
La Reine Blanche éditions : https://editionsdelareineblanche.fr/
Instagram : @reineblancheeditions
Hervé Le Tellier : https://www.oulipo.net/fr/oulipiens/hlt
Annie Ernaux : https://www.annie-ernaux.org/fr/biographie/









